Un, Le choc ; Deux, L’incompréhension ; Trois, Les larmes ; Quatre, La Question ; Cinq, La haine ; Six, Le regret ; Sept, La fatigue ; Huit, La perdition ; Neuf, Le silence ; Dix, La nostalgie ; Onze, La chute ; Douze, L’immuabilité ; Treize, La réflexion ; Quatorze, Le vide ; Quinze, Le vide ; Seize, Le vide ; … ; Quarante, RIEN ; Déjà quarante ! Seulement quarante et plus rien. Tout est comme avant, tout ou presque. Sauf ce goût amer au fond de la gorge. Rien de spécial sauf cette absence, ce vide. Rien n’est changé sauf la maison. Il lui manque quelque chose, je ne sais pas exactement quoi, une odeur peut être, une lumière ou une présence. Pourtant à la maison tout est comme avant, sauf la chaise, elle est vide, c’est tout. C’est bête, mais je ne peux pas imaginer la maison sans cette chaise et sans son occupant. Le plus triste ce que tout est comme avant : La terre tourne, l’enfant naît, l’arbre pousse, le printemps arrive, l’Homme tombe amoureux, le vend du nord souffle, … et la VIE continue, même avec cette chaise vide… Déjà quarante !... La vie ne s’arrête pas, alors moi non plus, je ne m’arrête pas, juste quelques moments pour retrouver l’air, pour comprendre (l’incompréhensible peut être), pour bien mémoriser le passé, son regard, son odeur, sa grandeur,… pour mieux voir l’avenir. La vie peut être est plus cruelle que moi, mais pas assez têtue pour me convaincre. Alors un instant svp, juste un instant.
Mais non, en fermant les yeux, rien ne s’arrête ! Bah oui, c’est très simple mais pourtant à certain moment pour comprendre ça, il nous faut beaucoup de temps. Ce matin je l’ai senti, je l’ai même vu. C’est très bête quand tu sais quelque chose mais que tu ne veux pas le croire. Cette année, je le niais, car je ne voulais pas le croire. Mais non, ce matin je l’ai vu. Il est là, comme chaque année, avec toute sa splendeur. C’est très facile de fermer les yeux, de tourner la tète et de se dire que : Non, il n’est pas la. Et le pire, est qu’à force de se le dire, on fini par le croire. Et quand tu sens sa main chaleureuse sur ton épaule et son regard généreux sur ton corps, tu te demandes pourquoi tu ne voulais pas croire à son arrivé. Ce matin sur le trajet de chaque jour, j’ai vu mon Inconnu habituel. Mais cette fois il ne regardait pas la rue, il ne cherchait même plus à croiser mon regard curieux pour commencer son discours. Mais il était dos au gens et il s’était penché sur quelque chose. Je me suis approché de lui. Il regardait -avec son air émerveillé habituel bien sûr- une petite fleur poussée entre deux pavés, et le petit papillon posé sur elle. Mon corps lui cachait le peu lumière qu’il y avait. Alors il s’est tourné vers moi, avec une signe de la main il m’a fait bouger pour que la lumière retombe sur la petite fleur et il a murmuré dans mon oreille : Et tu as encore besoin d’un autre signe ? Il avait raison, le printemps était la, à nos portes. Ouvrons les yeux
Le couché du soleil, le vent du nord, le lac qui brille, les petits bateaux sur la plage qui dégagent une odeur de poisson frais et les cygnes à mes pieds. Je ferme mes yeux. Il faut que j’immortalise ce moment. Quoi d’autre peut m’aider à oublier une si dure journée du travail ? Tout est la, tout, sauf … Il me manque le silence. Le bruit de ses ailes ne me laisse pas gouter à ce plaisir ; le plaisir de rien entendre. Il faut que j’achève le travail. Il suffit d’un mouvement de la main et … et plus rien. Le silence triomphe sur tout. J’ouvre mes yeux. Je rempli mes poumons de cet air si pure, si agréable. Je laisse mon regarde se perdre dans le paysage. Je laisse le vent m’amener avec lui. Je laisse le moment m’emporter … combien j’aime cet instant de perdition. Il est toujours la, à mes pieds. Il est toujours splendide. C’est dommage que je n’ai pas mon appareil photo cette fois ci. Maintenant qu’il ne bouge plus comme la dernière fois, je peux avoir le cadre que je voudrais : le couché du soleil et le mont en arrière plan, le lac au milieu et le cygne en premier plan. Même après tous ses efforts –sans résultats évidement- il n’a guerre perdu de sa beauté, de son arrogance, de son splendeur. Même avec un cou tordu il est toujours impressionnant. C’est pour ca que j’aime cet oiseau. Je ne sens plus mon visage, le vent est plus en plus froid. Je veux bien réchauffer mon visage avec mes mains… mais le grippe aviaire est apparemment plus dangereuse que ça. Il faut que je l’enterre à coté de tous les autres cygnes pour finir le travail. Je me tourne vers le lac. Il fait bien noir. Demain il faudra que j’attaque l’autre lac. Il y aura beaucoup d’autres oiseaux qui m’attendront là-bas. Alex disait que la grippe aviaire tue facilement l’homme. Mais mon père disait toujours que c’est la connerie de l’homme qui nous a tués déjà bien long temps. Et le vent me caresse toujours le visage...
Tic, tic, tic Je n’aime aucune couleur autant que celle du vert des nouvelles tiges des arbres de la fin de l’hiver. Je la reconnais de loin, de très loin. Et je la vois à travers de ma fenêtre. Le printemps est déjà là, même si officiellement il arrivera dans quelques minutes. Comme chaque année, il faut que je le désire, il faut que je le sente, il faut… mais cette année RIEN, le vide. Comme chaque année, il faut faire le bilan. Encore un an de plus, comme chaque année, il faut positiver, il faut citer les points positifs, des événements heureux, des avancements et … et il faut ignorer les régressions, les points négatifs… mais cette année RIEN, le vide. Comme chaque année, il faut régler les problèmes avec les autres, il ne faut pas entrer dans une nouvelle année avec des malentendus, des tensions, il faut … mais cette année RIEN, le vide. Comme chaque année, il faut nettoyer la maison, il faut tout ranger, tout doit briller, il faut finir les travaux inachevés, il faut sortir les nouveaux habits, il faut vider la maison (comme la tète et le cœur) de ce qui prend de la place inutilement. Il faut en finir avec les mauvais souvenirs, il faut aller de l’avant et laisser le passé derrière, il faut … mais cette année RIEN, le vide. Comme chaque année, il faut téléphoner à tout le monde, la famille, les amis. Il faut souhaiter une bonne et heureuse année et… mais cette année RIEN, le vide. RIEN, même le printemps a perdu son sens, il n’y a plus cette nostalgie qui me donnait la chair de poule avec l’écoulement du temps vers cette nouvelle année, cette année même les oiseaux migrants ne sont plus les messagers du printemps, du soleil, de la chaleur …mais en les voyant, on ne pense qu’à la maladie, et à la mort, … J’en ai marre de tous ces « il faut », tous ces « devoir » me laissent indifférent. Dans quelques minutes, le printemps sera là et ainsi s’achèvera une année noire, triste, sombre et longue, très longue, je ne veux plus faire comme chaque année, car ce printemps ne ressemble à aucun autre. Il y a une seule chose que je veux faire comme chaque année : appeler la maison et pour une dernière fois dire : Bonne année Papa. Mais cette fois si…. Ah, j’ai oublié, le printemps est déjà là ! Alors : Bonne année tous le monde ! Surtout bonne année Papa !!!!!!!