Chaque fois c’est pareil. Vers deux heures du matin, quand la ville s’endort, quand même à Paris on peut ouvrir tranquillement les fenêtres sans être perturbé par les bruits, je m’installe sur ma chaise. J’ouvre la fenêtre pour regarder le parc vide derrière la maison. Je mets une de mes musiques préférées (toujours une seule chanson qui se répète et répète sans fin) et je regarde. Quoi ? Ce n’est pas important, l’essentiel c’est de regarder. Et il me faut seulement quelques minutes pour que j’ouvre les yeux et que je me vois devant mes cahiers (ou mon ordi). Le premier réflexe est de regarder des dizaines et dizaines de textes que je n’ai jamais finis. Des idées qui sont venues sans raison et qui sont parties sans raisons aussi, des enfants qui ont vu le jour mais qui n’ont jamais eu l’occasion de grandir pour arriver à une maturité pour partir. Et comme toujours je recommence un autre, sans vraiment savoir de quoi ça parle et jusqu’au où j’irai. Je ne sais pas c’est le jardin, c’est la nostalgie cachée dans la musique, c’est le vide ou … qui me donne ce besoin d’écrire. Mais ca fait quelques temps que je ne cherche plus à savoir pourquoi j’écris car peut-être au fond de moi j’ai trouvé déjà la réponse. J’écris car je dois écrire mais cela est devenu comme un jeu : tourner autour d’un cercle sans y rentrer. Je sais que je dois écrire, je dois dire ce qui est (peut être) à dire mais chaque fois que l’écriture commence le sujet devient de plus en plus lointain, de plus en plus inaccessible ou pire, cela devient tabou. Les mots ne sortent plus et en parler devient impossible. Mais cette fois-ci c’est différent, j’ai décidé d’écrire une bonne fois pour toute et … Ding, ding ! L’horloge me dit qu’il est déjà deux heures du matin. Il faut que j’aille commencer le rituel de la fenêtre !!! Alors peut être qu’une prochaine fois ….
Je marche, je sors, je rentre, je marche, je m’assoie, j’essaie de me concentrer, je regarde des films, je marche, je lis, j’écoute, je parle, je rigole, je marche, je cours, j’ecr… non, je n’écris pas. Je n’écris plus. Je dois lui parler. Mais non, je ne vois pas ses yeux ! Comment parler à quelqu’un si je ne vois pas la profondeur de ses yeux ? Quelle importance cette fois-ci ? Il faut que je parle. Peu importe qu’est ce que je dis, peu importe que personne comprend ce que je dis, il faut que je parle, il faut que je me vide, peut-être que …. Je dois courir. Mais non, il n’y a personne pour courir avec moi. Il fait trop chaud, il me dit : ‘le soleil brûle tout’, mais pourquoi il ne brûle pas les souvenirs ou les regrets? Pourquoi il brûle que des fleurs qui ne gênent personne ? Je dois courir, il faut que je me vide, peut-être que … Il reste encore quelques marches, je m’arrête, j’arrive plus à respirer, je veux crier mais je m’empêche, il faut garder tout pour le sommet. J’en peux plus, je veux abandonner. Mais non, cela n’est pas important si je peux ou pas mais je dois le faire. Je recommence. Je suis en haut, il n’y a personne, je suis le seul, les premiers rayons du soleil apparaissent et le monde est sous mes pieds. Je ferme mes yeux. Je dois crier, il faut que je me vide, peut-être que … Ca fait des heures, je suis là, et elle est là aussi, en face de moi, comme avant, toujours blanche, toujours pale. Je n’ai pas bougé et elle non plus. Elle me regarde, le pire c’est qu’elle me sourit, c’est qu’elle me méprise. Je la prends dans ma main, je la déchire, et je la jette le plus loin possible. Même cette feuille de papier ne croit plus en moi. Non, il n’y a plus de peut- être, cette fois c’est sûr : je peux plus écrire.