Lettre à l'absent
Le rouge et le noir
lundi, avril 30, 2007
Bonne nuit


Il reste quelques minutes avant que l’horloge ne sonne deux fois. Le bruit de la cheminé est le seul qui l’emporte sur le pouvoir sans limite du silence qui s’est imposé à l’espace et au temps depuis quelque heures. Mon voyage a duré des heures, je devais être fatigué mais je suis toujours là, sans rien sentir, à la recherche d’un grain de courage pour…

Tout le monde dort, toute la maison, le quartier ou même peut être toute la ville et moi je suis toujours là ! Et je regarde la danse envoûtante des flammes dans la cheminé. Je dois monter à l’étage pour dormir mais je n’ose pas, car je sais que je dois passer devant sa chambre pour gagner les escaliers. Et je sais que je ne résisterai pas et que j’ouvrirai la porte pour lui dire une autre fois : Bonne nuit !

J’ouvrirai la porte tout doucement, sous la faible lumière de la chambre. Il sera sur son fauteuil, je l’admirerai encore une autre fois avant de dire : ‘Bonne nuit’ et il me regardera avec son sourire bien posé qui rendait chaque instant éternelle, qu’il ferra ce petit moment de silence (qui te donne soif d’entendre chaque mot qui sortira de sa bouche), et qu’il me dira avec sa voix (qui rente dans le plus profonde de l’âme) : Bonne nuit Monsieur !!

Alors il faut y aller pour gouter une autre fois à ce moment. La lumière faible de la chambre passe en dessous de la porte. Je l’ouvre. Toujours le même sentiment. La présence d’un sentiment étrange qui me fait penser toujours à ce que je cherchais dans la vie : Au ciel, à la force, au charisme, au respect...

Mais mon sourit se glace sur mes lèvres. Sous la faible lumière de la chambre qui n’était pas éteinte depuis maintenant quasiment un an, le fauteuil est vide… mais pas la chambre. Je le sens, je l’entends, je le vois, il est la. Je me reprends vite, je me tourne vers le fauteuil. Je vais dire ce que j’ai à dire car je sais que je retrouverai la réponse parce qu’il est toujours là et il sera toujours là.

Bonne nuit papa

J’ouvre les yeux, les flammes dansent incessamment, et je suis toujours devant la cheminé. Les escaliers sont loin et la chambre aussi, mais IL est la, pas très loin, je le sens…