(Je sais que ces derniers temps, j’ai recommencé à faire, ou à refaire, des erreurs que j’ai déjà commises. Je sais qu’il faut laisser une blessure tranquille pour qu’elle cicatrise, et qu’il ne faut surtout pas jouer avec, car cela fait de plus en plus mal, mais… alors laissez moi me faire un peu de mal ; après tous, de temps en temps c’est nécessaire.)
Pendant des années, pour dormir, je ne comptai pas les moutons. Pendant des années, au lieu de regarder les gens durant mes trajets en transport en commun, j’avais choisi une autre méthode pour faire passer le temps. Je jouai à un jeu : le pire et le meilleur. Je me demandai quel était le pire ou le meilleur souvenir, la pire ou la meilleure odeur, le pire et le meilleur cadeau, le pire et le meilleur goût, le pire et le meilleur voyage, le pire et le meilleur prof,…. Une sorte de révision de ma vie, une introspection. Durant ces années, j’avais plus au moins les mêmes réponses précises à ces questions (assez débiles, j’admets), sauf pour une question qui trouvait des réponses différentes chaque fois : le meilleur et le pire sentiment. En fait, j’avais (et j’ai toujours) une réponse pour le meilleur des sentiments, mais c’était le pire qui me posait problème. Une fois, c’était la haine qui constituait la réponse. Une autre fois, c’était la vengeance. Quelques semaines après, l’impuissance était le pire des sentiments. (Je ne vais pas faire la liste car cela serait assez long). Et ces changements m’agaçaient, car je comprenais que je n’avais pas la bonne réponse. Avec le temps, peu à peu, j’ai oublié ce jeu et je l’ai remplacé par d’autres méthodes pour faire passer le temps jusqu'à la semaine dernière où j’ai trouvé la réponse à ma question (ou peut être ai je réussit seulement à ajouter une autre réponse à ma liste). Oui, c’est vrai, j’avais raison ; la haine, la vengeance, l’impuissance et … tous ces sentiments sont forts désagréables mais rien ne peut égaler le Vide. Rien n’est si triste que de tomber par hasard sur la personne que tu as Aimée (oui avec un grand A), celle à qui tu as fait confiance, celle sur qui tu as comptée, celle qui t’a fait parler après des années (sans te demander la moindre chose), celle qui sa présence et son regard était suffisant pour oublier tout, celle … et rien sentir. Rien. Ni la haine, ni l’amour, ni l’amitié, ni … que le vide. Un vide qui te laisse dans un état d’apesanteur. Un vide qui t’oblige à chercher une explication alors que tu sais déjà que tu ne vas rien trouver. Un vide… . . Oui, c’est vrai, de temps en temps, il est nécessaire de se faire mal ; mais je crois que j’ai eu ma dose ces derniers temps, alors il faut que je reprenne le jeu mais, cette fois, seulement avec les meilleurs sentiments et sans les pires. Mais ce vide sera toujours avec moi.
C’est toujours triste d’assister à une volonté d’un être de résister et qui demeure sans résultat, infructueuse, de voir quelqu’un qui fait tous les efforts possibles, alors qu’au fond, il sait qu’il n’a plus aucune chance de s’en sortir. Dans l’obscurité de la chambre, la lumière des bougies révèle une beauté inhabituelle. Mais ce que j’admire chez une bougie, c’est qu’elle remplit parfaitement son travail et son rôle, jusqu'à sa dernière seconde, même si elle connaisse leur destin. Je regarde une dernière fois le gâteau qui est en train d’être enterré sous les larmes des bougies, je ferme les yeux et je revois ma journée qui défile : encore cette course sans fin, cette course contre la montre avec seulement quelques heures pour préparer tout en secret. S’il se rend compte (même s’il l’aime bien), il va nous empêcher de le faire ; alors il faut tout faire en secret : le gâteau, les fleurs, la carte, les bougies,…, et le cadeau. Il faut trouver chacun une idée différente, personnelle, tout doit être préparé soigneusement, et comme d’habitude, je suis en retard, et comme d’habitude, j’arrive à finir à l’heure et à la dernière minute. C’est difficile de faire plaisir à quelqu’un de perfectionniste, à quelqu’un qui ne cherche que le meilleur, à quelqu’un que tu admires. Et c’est agréable de le faire chaque année. Combien j’aime ce dernier moment, le moment où tout est préparé et que je mets la dernière bougie sur le gâteau, et qu’ensuite je les allume. Je regarde l’ensemble de mon œuvre : tout est comme chaque année, et même peut être mieux que chaque année. Tout est là, mais il manque quelque chose : il n’y a plus personne pour souffler les bougies. J’ouvre les yeux, l’obscurité est totale et même les plus résistantes d’entre elles ont baissé les bras devant leur destin. J’ai besoin d’air ; je dois sortir mais, avant de quitter l’appartement, je me retourne une dernière fois. Au moins, l’obscurité m’empêche de voir son absence, alors : Bonne anniversaire Papa.
J’ai toujours aimé le ciel. Déjà quand j’étais petit (et je le suis toujours resté, enfin j’espère. Qui a dit que quelque centimètres de plus ou quelque poils sur le visage nous condamne à quitter notre enfance et nous jette dans le monde des grands ? Ce monde de brute où l’innocence est interprétée par la naïveté, la pureté par l’ignorance, l’espoir par l’irréalisme et le rêve par ... rien, car le rêve n’y existe plus. Pour moi, le jour où j’accepterai cette fatalité et que je baisserai les bras devant ce que l’on appelle le VIE, ça marquera la fin de mon enfance. Je deviendrai grand, le jour où le ciel et les étoiles deviendront lointains et inaccessibles ou le jour où je rêverai plus de marcher sur les nuages. Je serai grand le jour où mon père ne sera plus l’héro de mes pensés. Je serai grand, le jour où mon but deviendra autre chose que battre la «fatalité de la vie», le jour où le Moi rationnel n’essayerai plus de changer le monde. Je préfère être « naïve » ou « ignorant » que devenir un grand qui ne vie que pour vivre. Je me sens bien où je suis. Mon monde à moi est un endroit parfait pour vivre, même s’il n’y a pas grand monde. Dans cette solitude, je passe mon temps à redessiner le monde ou à débattre avec Socrate, Montesquieu, Machiavel et … Tous ça, c’est bien stupide, c’est vrai, mais le jour où vous recevrez la première gifle de la part du monde des grands, vous êtes forcés de quitter votre monde et de bien ouvrir les yeux (même pour quelques instants) et que c’est cruelle. C’est exactement à ces moments précis que ni Socrate ni personne d’autre n’est la pour vous aider mais c’est votre innocence et votre pureté (naïveté et ignorance, appelez les comme vous voulez) vous aident à comprendre le problème et c’est votre espoir (irréalisme) qui vous aide à relever la tète et ce sont vos rêves qui vous pousse à avancer et même… Bref, on a perdu l’essentiel de notre conversation, alors revenons à nos moutons.) Même quant j’étais petit, j’aimais le ciel et ….
J’ignore Stendhal. Et son „Le Rouge et Le Noir”. Consciemment. Et jusqu’à la limite du bon goût. Mais sans avouer que j’ai confondu Stendhal avec George Sand. J’espère que Chopin me l’aurait pardonné. Il a été un homme compréhensif.
Il n’y a pas de méthodes qui permettraient de diagnostiquer l’autisme. Par contre, il y a un test qui met en évidence un trait caractéristique, même si pas forcément le plus grave, de ce syndrome. On raconte à un enfant chez qui on soupçonne la maladie une histoire sur deux filles: Sue et Ann. Sue a un grand panier pendant que Ann a une grande boîte en carton (les deux sont bien fermés). Les filles jouent au ballon qui appartient à Sue. Soudain la mère de Sue l’appelle et lui demande de venir chez elle. Alors Sue cache le ballon dans son panier, elle le ferme bien et elle sort. Pendant l’absence de sa copine, Ann sort le ballon du panier et elle le place dans sa boîte. Puis elle ferme la boîte et elle attend sa copine. Sue rentre. La question à poser: où Sue va - t - elle chercher le ballon? Les enfants autistiques repondent toujours qu’elle le cherchera dans la boîte d’Ann. L’explication? Les gens atteints d’autisme ne sont pas capables de créer une image des idées d’autrui, ils ne comprennent pas ni les comportement ni les sentiments des autres.
L’autisme est une maladie assez rare. Néanmoins si on y ajoute ceux qui ne veulent pas comprendre, ceux qui feignent de comprendre, ceux qui comprennent mal, ceux qui essaient maladroitement de comprendre ou ceux qui, non seulement comprennent, mais savent mieux ce qu’on sent .... c’est déjà une pandémie.
Mais Stendhal a vécu à l’époque où on menait la vie saine. Il m’aurait compris.