Lettre à l'absent
Le rouge et le noir
jeudi, avril 20, 2006
Le vide

(Je sais que ces derniers temps, j’ai recommencé à faire, ou à refaire, des erreurs que j’ai déjà commises. Je sais qu’il faut laisser une blessure tranquille pour qu’elle cicatrise, et qu’il ne faut surtout pas jouer avec, car cela fait de plus en plus mal, mais… alors laissez moi me faire un peu de mal ; après tous, de temps en temps c’est nécessaire.)

Pendant des années, pour dormir, je ne comptai pas les moutons. Pendant des années, au lieu de regarder les gens durant mes trajets en transport en commun, j’avais choisi une autre méthode pour faire passer le temps. Je jouai à un jeu : le pire et le meilleur. Je me demandai quel était le pire ou le meilleur souvenir, la pire ou la meilleure odeur, le pire et le meilleur cadeau, le pire et le meilleur goût, le pire et le meilleur voyage, le pire et le meilleur prof,…. Une sorte de révision de ma vie, une introspection.
Durant ces années, j’avais plus au moins les mêmes réponses précises à ces questions (assez débiles, j’admets), sauf pour une question qui trouvait des réponses différentes chaque fois : le meilleur et le pire sentiment. En fait, j’avais (et j’ai toujours) une réponse pour le meilleur des sentiments, mais c’était le pire qui me posait problème. Une fois, c’était la haine qui constituait la réponse. Une autre fois, c’était la vengeance. Quelques semaines après, l’impuissance était le pire des sentiments. (Je ne vais pas faire la liste car cela serait assez long). Et ces changements m’agaçaient, car je comprenais que je n’avais pas la bonne réponse.
Avec le temps, peu à peu, j’ai oublié ce jeu et je l’ai remplacé par d’autres méthodes pour faire passer le temps jusqu'à la semaine dernière où j’ai trouvé la réponse à ma question (ou peut être ai je réussit seulement à ajouter une autre réponse à ma liste).
Oui, c’est vrai, j’avais raison ; la haine, la vengeance, l’impuissance et … tous ces sentiments sont forts désagréables mais rien ne peut égaler le Vide. Rien n’est si triste que de tomber par hasard sur la personne que tu as Aimée (oui avec un grand A), celle à qui tu as fait confiance, celle sur qui tu as comptée, celle qui t’a fait parler après des années (sans te demander la moindre chose), celle qui sa présence et son regard était suffisant pour oublier tout, celle … et rien sentir. Rien.
Ni la haine, ni l’amour, ni l’amitié, ni … que le vide. Un vide qui te laisse dans un état d’apesanteur. Un vide qui t’oblige à chercher une explication alors que tu sais déjà que tu ne vas rien trouver. Un vide…
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Oui, c’est vrai, de temps en temps, il est nécessaire de se faire mal ; mais je crois que j’ai eu ma dose ces derniers temps, alors il faut que je reprenne le jeu mais, cette fois, seulement avec les meilleurs sentiments et sans les pires.
Mais ce vide sera toujours avec moi.